Langues et cultures de l’Antiquité : une renaissance

L’érosion de la place des langues et cultures de l’Antiquité (LCA) dans l’enseignement secondaire n’est certes pas imputable au seul prédécesseur de Jean-Michel Blanquer au ministère de l’Éducation nationale. Qu’on songe à l’inquiétude exprimée en son temps par l’helléniste Jacqueline de Romilly dans ses deux essais : L’Enseignement en détresse1 et Lettre aux parents sur les choix scolaires2. Pour autant, cette inquiétude a été légitimement ravivée par Najat Vallaud-Belkacem lors de son passage au ministère de l’Éducation nationale. Sa réforme du collège a en effet profondément ébranlé les langues anciennes, les reléguant au statut d’« enseignement de complément » et les réduisant à une heure en cinquième et deux heures en quatrième et troisième pour le latin ; deux heures en troisième pour le grec. Ce coup aurait pu être fatal pour ces enseignements, d’autant qu’il s’accompagnait, rue de Grenelle, d’un discours résolument hostile aux LCA, idéologiquement considérées comme le patrimoine d’une élite. Au contraire, Tableau XXI est persuadé que les langues classiques peuvent créer de nouvelles élites et permettre à des enfants issus de quartiers dits difficiles d’accéder à des études supérieures. À condition bien entendu que ces élèves aient un accès à cette discipline. D’autant qu’elles peuvent réinstaurer une mixité en rendant des établissements du réseau d’éducation prioritaire (REP et REP+) davantage attractifs pour des parents et élèves sensibles à ces matières. Une sensibilisation qui peut et doit être le fait de l’école.

Notre expérience a pu en effet nous montrer qu’une discipline, si prestigieuse soit-elle, n’est rien sans son incarnation par des professeurs motivés – tant par leur passion que par l’équipe de direction – et par sa valorisation au sein d’un établissement. Refaire des LCA un levier pour tous les élèves, mais sans que soit bien sûr reniée l’exigence de leur enseignement, doit devenir la priorité de tous.

L’arrivée de Jean-Michel Blanquer au ministère a donc été reçue comme un soulagement non seulement par les professeurs de Lettres classiques, mais par l’ensemble des acteurs de l’éducation attachés à une transmission des savoirs, exigeante et de qualité. À peine installé rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer a en effet pris des mesures d’assouplissement de la réforme du collège ; lesquelles ont porté leurs fruits dès la rentrée suivante : plus de 24 000 collégiens supplémentaires ont choisi d’apprendre le latin ou le grec en 2017-2018. Sur le moyen terme, le ministre a confié à Pascal Charvet, inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire et David Bauduin, inspecteur d’académie – inspecteur pédagogique régional, le soin d’élaborer des propositions pour une renaissance des humanités. Quatre mois plus tard, en janvier 2018, le rapport, intitulé « Les humanités au cœur de l’école » est remis au ministre et Pascal Charvet est chargé de suivre le dossier des langues et cultures de l’Antiquité au ministère.

Parallèlement, le ministre prend des dispositions immédiates pour la revalorisation de ces enseignements. Par une circulaire de janvier 2018, il réaffirme leur importance : « l’appréhension d’une culture générale humaniste participe de l’émancipation des élèves, notamment de ceux dont les acquis culturels sont les plus fragiles. » Cette circulaire rétablit en outre le volume horaire de trois heures hebdomadaires des LCA en classes de quatrième et de troisième.

À la rentrée suivante, en septembre 2018, le ministre réaffirmera dans un entretien au Journal du dimanche le rôle central qu’il assigne aux LCA : « Le latin et le grec sont la sève vivante au sein de notre langue. Offrir cet enseignement approfondi à nos élèves est un enjeu de civilisation et de justice sociale. »

Chacun le constate, l’attachement du ministre aux LCA n’est pas circonstanciel : il s’agit de sa part d’une conviction forte et d’une conception exigeante de l’enseignement. La réforme du lycée va d’ailleurs dans ce sens en instituant, parallèlement à l’option facultative LCA, un enseignement de spécialité « littérature et langues et cultures de l’Antiquité ».

Notons enfin que les nouveaux programmes de lycée vont dans le sens d’une attractivité de ces enseignements : reposant sur un approche anthropologique, il s’agit d’inviter les élèves à penser leur environnement contemporain à partir de références puisées dans le passé.

Cette renaissance des LCA est saluée par Pascal Charvet : « Nous sommes dans la relance d’une dynamique, après des années de plomb. » Et les premiers résultats indiquent une pente favorable, comme l’atteste l’infographie publiée en janvier dernier par le ministère : « À la rentrée 2018, 45 218 élèves supplémentaires suivent un enseignement de LCA au collège par rapport à la rentrée 2016, soit une hausse de 11% des effectifs. »

Cette remontée n’est qu’une étape après des années de relégation des LCA, comme nous l’avons indiqué en introduction. Il est pourtant incontestable qu’un vent nouveau souffle en faveur des LCA depuis l’accession de Jean-Michel Blanquer au ministère. Il convient donc, qu’on soit parent, élève ou professeur, voire simple citoyen, de saluer cette avancée et de se réjouir de ces premiers acquis pour ce qui relève d’un « enjeu de civilisation ».

Pour une réelle renaissance durable des LCA, Tableau XXI propose donc:

  • L’instauration d’heures de découverte des cultures antiques dès le cycle 3, afin de permettre à tous les élèves d’avoir connaissance de la possibilité de les poursuivre au collège ;

  • Une meilleure communication aux élèves sur les possibilités de continuer leur apprentissage et leur approfondissement à l’Université ;

  • Un soutien du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation aux filières universitaires qui existent pour les rendre plus attractives et plus accessibles sur tous les territoires.

TXXI

1 Julliard, 1984.

2 éditions de Fallois, 1994.

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