Des nouvelles conditions d’admission

Fidèle à son désir de réformer en profondeur l’école, Jean Michel Blanquer aurait proposé de renouveler également les concours d’accès au métier d’enseignant. Des documents de travail procurés par la DGESCO révèlent ainsi un CAPES et un CAPE résolument plus ancrés dans la pratique pédagogique et sur le terrain. Ce projet de réforme semble en effet avoir surtout pour objectif de développer la formation en alternance, désireux de changer au delà de ce concours, l’architecture du master MEEF.

Pour le second degré, les épreuves d’admissibilité envisagées seraient donc constituées d’ « un écrit visant à contrôler la maîtrise disciplinaire des candidats avec note éliminatoire à 5 minimum, mais dont le niveau pourrait être ajusté en fonction des disciplines »1 et d’ « une seconde épreuve écrite plaçant le candidat en situation d’élaborer une séquence pédagogique à partir d’un sujet donné par le jury, afin d’évaluer sa capacité à exercer, dans une perspective pédagogique, une approche critique sur les sources disponibles. Il s’agit pour le candidat de concevoir, à partir de ressources documentaires en ligne, un plan détaillé de séquence assorti de commentaires pédagogiques destinés à identifier les éléments à transmettre, les compétences à construire, les obstacles potentiels des élèves à lever, notamment dans leur rapport à l’information, en justifiant des sources utilisées, de leur confrontation et de leur analyse critique ». Lors de cette épreuve, le « candidat dispose d’une tablette ou d’un ordinateur afin d’accéder à internet pour utiliser toute ressource qu’il juge pertinente ».

Quant au premier degré, ces épreuves comprendraient « une épreuve « académique » (disciplinaire), en français et mathématiques, avec note éliminatoire qui pourrait être fixée à 5 » suivie d’ « une épreuve professionnelle, permettant d’apprécier la capacité du candidat à proposer une approche polyvalente d’un sujet, et à proposer une démarche d’apprentissage progressive et cohérente. Le candidat bénéficie d’un dossier comportant notamment des travaux issus de la recherche et des documents pédagogiques ».

Les épreuves orales d’admission seraient pour leur part identiques pour tous les concours, à savoir « une première épreuve de conception et d’animation d’une séance d’enseignement ou l’exploitation d’un support permettant d’apprécier à la fois la maîtrise disciplinaire et la maîtrise de compétences pédagogiques. Pour le CRPE, le candidat tire au sort un sujet pouvant porter sur chacun des thèmes d’enseignement (en intégrant ou non les mathématiques et le français, qui auront été testés dans les épreuves écrites) ». Une seconde épreuve interrogera « la motivation du candidat et sa connaissance de l’environnement et des enjeux du service public de l’éducation, sa capacité à incarner et verbaliser les valeurs de la République et à se positionner en fonctionnaire ».

Ce nouveau CAPES n’a dès lors pas manqué de susciter critiques et questionnements. Parmi les sceptiques, certains craignent ainsi un concours qui n’aurait plus comme désir de sanctionner en priorité un niveau de connaissances élevé. Une critique à laquelle pourrait être objectées des études universitaires posées comme conditions à l’inscription au CAPES. Cet argument reviendrait alors à critiquer notre université qui est composée d’enseignants-chercheurs de grande valeur, dévoués à leur tâche et à leurs étudiants et qui bien souvent oeuvrent dans des conditions difficiles.

Attachés à notre université et aux grades qu’elle délivre, nous les pensons suffisants pour justifier d’une maitrise théorique de sa discipline par le candidat.

Nonobstant, il est certain que méconnaître sa discipline et mal tenir ses savoirs assurent l’échec de tout enseignement. C’est toute la question de certains CAPES accordés à 5/20 de moyenne aux épreuves disciplinaires.

Un professeur est donc le maître d’une discipline, et plus il est grand maître en celle-ci, plus sa didactique, et donc sa pédagogie seront bonnes. Capable de provoquer l’éblouissement du savoir dévoilé, assuré d’une vraie puissance didactique, et conséquemment pédagogique, dès lors que vous avez la classe en main, il n’y a qu’un maître, vous.

Mais la seule connaissance d’une discipline ne saurait garantir la maîtrise d’un bon enseignement.

Si ce savoir n’est pas accompagné d’un savoir faire, le futur professeur ne manquera pas de rencontrer d’énormes difficultés à enseigner dans l’école d’aujourd’hui. Les maquettes du prochain CAPES qui prévoient dès lors des stages en situation avant les épreuves paraissent marquer une vraie avancée. Sur ce point, nous pensons qu’il peut être défendu.

Car comment omettre le manque de « réalisme » de certaines épreuves des éditions passées. Pour exemple, citons celle de version/thème (français/espagnol) dont l’enseignement se révélait par la suite proscrit avec les élèves. Idem pour l’exercice de la dissertation qui s’avérait difficilement applicable dans l’enseignement d’une langue étrangère en secondaire. Il en alla ainsi longtemps d’un concours qui fit la part belle à la maitrise théorique d’une discipline, mais en négligea la praticité pédagogique. Le jeune professeur brillant qui réussissait le concours, découvrait le métier APRÈS avoir réussi celui-ci, non sans désenchantement, frustration et souffrance. Et que dire des épreuves artistiques où l’ « artiste » élu ne l’était que pour ses qualités de plasticien ou de musicien, mais pas forcément pour sa capacité à « gérer » et « tenir » une classe de collégiens.

Comment douter alors de la nécessité d’ancrer davantage ce concours sur la pratique professorale et la réalité du métier ?

Pour ce faire, il ne saurait y avoir de réforme du concours du CAPES sans une réflexion ambitieuse sur la formation des futurs enseignants. Il nous semble en effet évident que les différentes structures qui se sont succédées pour former les enseignants ont toutes échoué. Les IUFM, ESPE et INSPE diffusent des pratiques qui n’ont jamais fait leurs preuves et laissent les jeunes enseignants démunis. Il faut donc changer de méthode pour accompagner l’entrée dans le métier. Laquelle pourrait gagner en humanité en intégrant une part de compagnonnage. Au jeune enseignant, il pourrait alors être proposé de partager ses classes avec un collègue en fin de carrière. Cela permettrait à l’enseignant proche de la retraite de sortir doucement de sa fonction et de transmettre son expérience. Cela permettrait au débutant d’entrée en confiance dans ces classes et de petit à petit gagner en assurance.

Enfin, certains enseignants et syndicats semblent s’inquiéter de l’examen final dans lequel il est demandé à l’impétrant de témoigner de « sa capacité à incarner et verbaliser les valeurs de la République et à se positionner en fonctionnaire ». Le futur enseignant devrait ainsi sacrifier sa liberté individuelle pour rentrer dans un moule contraignant et normatif. Le professeur serait ainsi un serviteur docile d’un ministère vu comme ingérant et limitant sa liberté pédagogique.

Sur ce point, nous n’hésitons pas à rappeler que l’on demande à de plus en plus de professions d’adopter des principes et des règles éthiques. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même dans l’éducation nationale ? De même qu’il peut s’avérer souhaitable qu’il y ait une certaine cohérence du corps professoral.

TXXI

1http://saesfrance.org/projet-annonce-pour-le-nouveau-format-du-capes/

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